Là où critique et respect se rencontrent

Auteur(es): Marie de la Corneille


Un Village en Otage

À travers cet ouvrage, Marie de la Corneille respecte une promesse faite à un collègue la veille de son décès : rendre publique cette histoire qu’il lui avait en partie racontée. Le récit sordide se déroule pendant les années 60 dans un village du Québec rural. Des meurtres épouvantables sont commis, sans mobiles apparents, laissant les habitants de l’endroit dans la crainte et l’horreur. Chacun soupçonne son voisin, on ne sait plus à qui se fier. Marie de la Corneille devient aujourd’hui la conscience de cette communauté et dévoile au grand jour les dessous de l’affaire que plus d’un préférerait oublier à tout jamais.

Classé thriller psychologique, ce livre n’est pas pour les âmes sensibles. Il attaque certains tabous qui relèvent du domaine de l’interdit, et qui ferait hérisser les poils dans le cou de toute personne saine d’esprit. Il y a une réalité que l’on refuse d’accepter. Juste à l’idée de ce qu’il a fait… de ce qui est arrivé… Non, je ne vous dévoilerai rien. À vous de lire si vous vous en sentez capable.

Blague à part, le roman a été écrit du point de vue du narrateur omniscient qu’est Marie de la Corneille. Dans les faits, c’est un point de vue que je trouve dangereux à utiliser; beaucoup d’auteurs s’y sont risqués, et nombreux sont ceux à mon avis qui s’y sont cassé les dents en produisant des récits au résultat inégal. J’ai pu constater avec plaisir que cet auteur a réussi là où beaucoup d’autres ont échoué. Elle a su maitriser la technique et conserver le suspense (ainsi que mon intérêt) jusqu’à la fin. Ce point seul est amplement suffisant pour forcer mon respect.

Quant au récit lui-même, il est écrit dans un français recherché quoique l’empreinte québécoise ne soit pas absente des discours. J’ai apprécié le mélange; je ne suis en effet pas un amateur du « joual » pur et dur, ni dans les textes ni dans la vie courante. Le niveau de la langue utilisé en fait donc un livre accessible à la majorité, même s’il m’est arrivé à une ou deux reprises de devoir me valider quant à la signification d’un mot.  Ça aussi, c’est quelque chose que j’apprécie; me faire sortir de ma zone de confort.  Ce livre y est parvenu au niveau du sujet, du style et de la langue.

Est-ce que je serais prêt à lire un autre reportage de Marie de la Corneille? Absolument.


Alain Lafond

Liens:
Un Village en Otage par Marie de la Corneille
Les Éditions de l’Interdit