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Auteur(es): Alain Farah


Pourquoi Bologne

« Un écrivain dédoublé entre deux époques ne se sent bien dans aucune. Nous sommes à McGill en 1962 et en 2012, en même temps. Mais le problème est ailleurs: sur le campus, un psychiatre se livre à des expériences de déprogrammation sur ses patients. Nab Safi, l’oncle de l’écrivain, en sait quelque chose, mais il n’est bientôt plus là pour en témoigner. Commence alors une enquête où se télescopent les lieux, les objets, les souvenirs et les gens. […] Par le truchement d’une vieille photo et d’une piscine gothique, on atteindra les profondeurs traumatisantes de Ravenscrag, le manoir lugubre aux trente-six chambres. »

Beaucoup de choses se passent dans ce livre pourtant bien court (207 pages). Il s’agit d’une autofiction où Alain Farah joue le rôle de son propre héros, à la fois professeur d’université à McGill et écrivain expérimenté. L’histoire chevauche entre deux époques, nous faisant voyager à travers ses souvenirs et les évènements de son quotidien assez loufoque.

Lorsqu’il obtient des informations mettant en doute les intentions du docteur Cameron, Farah investigue, en parallèle avec l’écriture de son roman, sur les méthodes employées à l’institution psychiatrique de Ravenscrag. Y étant lui-même patient, il craint d’être devenu malgré lui l’une des victimes d’une entreprise visant à reprogrammer la mémoire des gens.

Profondément paranoïaque, le personnage d’Alain Farah croit voir des complots partout autour de lui, et ce, dès les premières lignes: « La chose qui me plait le plus dans [mon bureau] date d’un autre siècle. C’est une fenêtre de bois, haute de presque trois mètres, à laquelle je fais dos. Je suis conscient de l’imprudence: un homme muni d’un fusil de précision […] m’atteindrait facilement à la nuque, sans qu’il me soit possible d’apercevoir le viseur laser. »

On se retrouve parfois dans des scènes de science-fiction (extraits télévisés où l’écrivain devient le pilote d’un vaisseau spatial), d’autres fois dans des intrigues à l’allure policière, puis enfin on remet simplement les pieds dans son bureau, alors qu’il pense à l’essentiel de sa vie. C’est le chaos qui gouverne Pourquoi Bologne.

Ce que j’ai aimé, c’était justement ces moments où l’auteur nous livre le fil de ses idées. Jamais il ne semble tout à fait sain d’esprit, mais jamais il n’est non plus complètement fou. Il hallucine (ou peut-être pas) et fait des fixations sur des idées complètement aléatoires et hors contexte, comme la fameuse phrase de Mallarmé « Un baiser me tuerait si la beauté n’était la mort ». À première vue, je n’y aurais pas investi plus d’attention que nécessaire. Cependant, l’auteur y a donné une soudaine importance en la répétant à plusieurs reprises dans le texte. Contre toute attente, je me suis retrouvé à mon tour piégé, à devoir retrouver le poème et chercher la raison de cette obsession.

C’était essoufflant, mais décidément une expérience intéressante. Avec Pourquoi Bologne, Alain Farah trouve une manière propre à lui d’explorer la folie, mêlée à l’art de l’écriture.

À vous d’y plonger !


Olivier Croteau

Liens:
Pourquoi Bologne par Alain Farah
Le Quartanier

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