Là où critique et respect se rencontrent

Auteur(es): Biz


Naufrage

Frédérick, fonctionnaire de trente-neuf ans, a une maison qui est une ambassade à l’abri des soucis du monde, une femme au sourire solaire et un petit garçon âgé d’un an qui fonce vers lui sur ses jambes neuves comme un obus chargé d’amour.

Mais voilà qu’au travail on le mute aux Archives, façon de dire qu’on le met sur une tablette pour qu’il y accumule la poussière. Être payé à ne rien faire? C’est un scandale intime, honteux, qui engendre une révolution personnelle, et Frédérick décide bientôt qu’il devra tout faire pour dénonce publiquement cette situation. Et ensuite…

Le livre de Biz nous offre une histoire touchante et très actuelle « qui fait mal ». Frédérick a une femme, Marieke, qu’il aime éperdument. Après de nombreuses embûches et difficultés à avoir un enfant, ils réussissent enfin, après plusieurs essais cliniques, à avoir le petit Nestor. Un miracle qui soude la nouvelle famille en un amour inébranlable.

Lorsqu’il est transféré au département des Archives de son travail, Frédérick entame une période de déprime et de distractions qui sera décisive pour son avenir. Surviendra alors un malheur auquel le couple ne survivra pas.

Naufrage est un livre lourd de sens qui, comme l’indique son titre, semble dériver de plus en plus au fil du texte. On y lit les dualités entre les plaisirs et la douleur, l’amour et la haine, la vie et la mort ; tout ceci dans un contexte actuel qui ne nous laisse pas indifférents. À la fois très touchante et très angoissante, cette histoire a, à mon sens, su bien faire l’équilibre entre une tragédie et une contextualisation du quotidien de l’homme moyen. « Ça peut arriver à tout le monde », qu’on entend souvent dire lorsqu’il est question d’un drame. Biz nous place donc face à cette vie ordinaire qui est renversée par l’orage violent du remords et du chagrin.

Ce que j’ai particulièrement aimé de ce livre était sa brièveté. Court, mais chargé d’émotions. En cent-trente pages, l’auteur nous raconte ce qu’il a à raconter. Sans longueurs et sans inutilités. Du premier mot au dernier point, on s’accroche aux malheurs du jeune père de famille et on « empathise ».

Le thème du naufragé est récurrent et constamment reflété dans le texte. De plus, son écriture est pourvue d’une richesse esthétique qui fait découvrir au lecteur la beauté des mots.

Le concept des passages en italiques entre les chapitres (sans vouloir vous en dire trop) était également très intéressant. Jusqu’à la toute fin, on est intrigués quant à la nature de ces pages. Puis finalement, au terme de l’œuvre, on en comprend le sens et le cœur nous fend en deux.

Naufrage est un livre qui se lit d’un seul trait et qui nous touche profondément.

À votre tour de vous laisser dériver.


Olivier Croteau

Liens:
Naufrage par Biz
Leméac Éditeur

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