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Auteur(es): Yves Narbonne


Le souffle du Cerbère

Sorcier et devin, Nuidir Fang a auguré qu’un audacieux Théosophe en quête de vérité s’apprête à libérer le Souffle du Cerbère. Dans le but d’empêcher cet homme et ses prêtres-guerriers de commettre l’irréparable, maître Fang s’embarque, en compagnie d’Yraë son jeune protégé, dans une odyssée qui les mènera à l’Archipel Oublié. En cours de route, ils feront la rencontre de Drull le Smilodon, l’un des derniers Lycanthropes, de Synn la Diablesse, une ravissante cambrioleuse et du capitaine Jormen Otembyor.

Bravant tous les dangers, les héros découvriront que les apparences sont trompeuses et que le prix des rêves, comme celui de la vérité, peut parfois s’avérer trop élevé.

Ce récit est un audacieux mélange de fantaisie et de science-fiction. L’action est continue, le récit est original, et c’est un livre complet (c’est bien les sagas, mais de temps à autre… ça fait quand même du bien de connaître la conclusion d’une histoire). Il y a suffisamment de description pour s’imaginer les lieux, mais pas au point de relâcher le rythme.
Le point de vue narratif est solide et stable – et c’est l’un des rares romans du Québec que j’ai lu jusqu’ici qui entre dans cette catégorie. Beaucoup d’auteurs utilisent un style fluide, passant ainsi du point de vue de narration du personnage A au personnage B pour revenir au personnage A en l’espace de deux paragraphes. Yves Narbonne se concentre sur un point de vue au long d’une même scène et n’en diverge pas souvent, ce qui permet de creuser davantage l’attachement entre le lecteur et le personnage qui est au centre de la narration. Le lecteur peut alors s’imaginer à la place du personnage, ressentir ce qu’il ressent, percevoir ce qu’il perçoit… bref, cela apporte au récit une dimension difficile à atteindre lorsque le lecteur est forcé de changer de point de vue à chaque instant.

Second point digne de mention…

Au-delà d’écrire une histoire que j’ai appréciée (en tant qu’amateur de ce genre littéraire), Yves Narbonne utilise un langage exceptionnel. Ça peut être positif, ou non, selon le niveau du lecteur. Si celui-ci ignore ce qu’est un bicorne, un hast, un bivouac ou une venelle, cette richesse de vocabulaire peut en effet se révéler un obstacle initial à la lecture du roman. L’ajout d’un lexique pourrait dans ce cas se révéler un outil avantageux.

Pour le lecteur possédant un large vocabulaire, c’est l’inverse qui se produit; ce récit réveille en nous le souvenir de mots que nous n’utilisons pas couramment dans la vie de tous les jours. Je dois l’avouer : je n’ai jamais lu jusqu’ici un roman écrit par un auteur québécois et possédant une telle richesse linguistique. Je n’avais malgré tout pas l’impression que l’auteur tentait de faire étalage de son savoir; il utilise tout simplement les bons mots pour illustrer sa pensée. Ne vous trompez pas : j’ai littéralement adoré la plume de M. Narbonne, au moins autant que son histoire.

Cet auteur représente exactement le point de vue que je défends avec insistance : indépendant peut être synonyme de qualité. Son roman, « Le souffle du cerbère » ne laisse planer aucun doute sur le sujet. Cette œuvre m’a permis de réaliser un peu plus à quel point la langue française est riche et belle. Osez… et vous le réaliserez aussi!

Bonne lecture!


Alain Lafond

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Le souffle du Cerbère par Yves Narbonne
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