Là où critique et respect se rencontrent

Auteur(es): David Turgeon


La revanche de l’écrivaine fantôme

« Le problème, avec les livres, c’est qu’ils ne s’écrivent pas tout seuls. On les engendre en ployant sous le labeur, comme on dit, et ce à quoi ils mènent, on ne sait plus trop, d’autant que la plupart des projets d’écriture sombrent à l’état de manuscrit, inachevés le plus souvent. À cet instant du récit, par exemple, il faudrait conclure.»

Encore une fois, David Turgeon a réussi à me déstabiliser. Il utilise une approche toute particulière qui nous sort des sentiers battus. Dans La revanche de l’écrivaine fantôme, le narrateur nous présente une autrice qui se fait approcher par un correspondant anonyme pour qu’elle écrive ses idées. Elle devient donc écrivaine fantôme (thème qui définit celui ou celle qui écrit pour le compte d’un autre). Tout au long du livre, nous sommes, en tant que lecteurs, menés à prendre connaissance des trois œuvres qu’elle écrira. Toutefois, ce qui est particulièrement déroutant, c’est que le narrateur lui-même est en constant travail pour raconter sa propre histoire. Pour résumer, David Turgeon nous présente un livre, le narrateur de ce livre nous présente une autrice fantôme qui, à son tour, nous présente ses histoires et ses personnages. Un vrai mécanisme de poupées russes qui s’emboitent sur le processus d’écriture lui-même.

Dans La revanche de l’écrivaine fantôme, on pourrait très bien penser que le narrateur est en fait l’auteur, comme si les pages qu’on lisait n’étaient en fait rien d’autre que l’ébauche de son roman. « Ça fait longtemps qu’on a abandonné l’espoir que ce récit fasse autre chose que de pédaler dans la boue, qu’on observe avec dépit ses désolantes sorties de route, qu’on le voit se relever chaque fois plus piteusement pour reprendre sans art un parcours ingrat tapissé de la plus épaisse gadoue… »

Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est que l’auteur semble prendre à la farce son travail. Comme s’il savait, dès le début de son projet, qu’il allait nous faire lire un brouillon évasif d’une histoire en cours de création. Tout ceci relève de son art. Il n’y a pas un moment où l’on sent son style s’affaiblir. Il est fort et efficace, du début à la fin.

Bien que la lecture puisse parfois être quelque peu difficile, le concept de l’œuvre reste très intéressant. Il y a quelque chose de captivant dans cet art d’écriture abstraite. Comme je l’ai dit plus tôt, on sort des sentiers battus et on se heurte contre du « non conventionnel ». Mais qu’y a-t-il de mal à ça ? Ce n’est là qu’une opportunité de se creuser les méninges et d’apprécier l’art  tel qu’il est. La revanche de l’écrivaine fantôme est l’écriture d’un livre en train de s’écrire.

C’est assurément une lecture comme aucune autre.

Laissez-vous tenter!


Olivier Croteau

Liens:
La revanche de l’écrivaine fantôme par David Turgeon
Le Quartanier

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