Là où critique et respect se rencontrent

Auteur(es): Michelle Lévesque


La barque

À la dérive sur une mer d’émotions refoulées, Robert est cet homme trop fier pour parler du passé. La barque est un roman-vérité qui aborde ouvertement le déni et les fragilités d’un homme rongé par la honte. Dans une société croyant en un Dieu qui sait tout et qui voit tout, l’enfant subit des blessures psychologiques si profondes qu’il tentera par tous les moyens de les masquer. Comme on repeint une barque pour y cacher le sang séché, combien de temps faudra-t-il à cet adulte pour accepter de se libérer de son immense secret?

L’authenticité des personnages habite ce roman. Parce qu’il est incapable de s’aimer, la vie de couple que tente de construire Robert n’apporte que déceptions, malgré les efforts de réconciliation. Cet abîme profond peut-il se guérir sans un retour troublant sur les faits du passé? De quoi Robert est-il réellement coupable? Et s’il était d’abord et avant tout une victime…

C’est le second titre que je lis de Michelle Lévesque. Il est utile de préciser que j’ai lu la version électronique… et j’avoue m’être lancé dans la lecture sans consulter d’abord la quatrième de couverture. Dans ce cas particulier, cet aspect a beaucoup influencé ma perception du livre.

Il s’agit d’un roman-vérité, troublant, qui rejoindra sans doute un grand nombre de victimes abusées pendant leur enfance. La descente aux enfers de Robert, entre autres, frappe le lecteur en plein cœur. Certaines blessures laissent des traces si profondes que la victime adopte un comportement autodestructeur, et ce récit le démontre avec une humanité attachante. Le lecteur assiste aux dommages collatéraux, qui frappent inévitablement les êtres chers. L’homme étant homme, le sujet traité est aussi actuel hier qu’il l’est aujourd’hui. Apprendre le secret de Robert nous permettra de comprendre sa grande vulnérabilité et l’origine de ses excès. Il y gagnera notre sympathie peu à peu, alors que son épouse Évelyne lutte, puis abandonne le navire pour éviter de couler à son tour.

J’ai retrouvé la plume de Michelle avec plaisir, celle-ci ayant eue une certaine évolution. Il y a des périodes plus longues de narration, où Mme Lévesque nous raconte l’histoire plutôt que de nous la faire vivre par les sentiments des acteurs. Cela dit, on s’attache rapidement à Évelyne et Robert, malgré une relation qui a ses hauts et ses bas.

J’ai beaucoup aimé ma lecture. Le seul point qui m’a chagriné est principalement en relation avec mon premier commentaire ; n’ayant pas lu la quatrième, je me suis attaché à Évelyne autant qu’à Robert, peut-être même un peu plus. Alors que nous suivons Robert jusqu’à la fin, le lecteur est laissé dans le flou concernant le destin de son grand amour. Qu’est devenue cette chère Évelyne?

Merci, Michelle, de nous faire vivre de si belles et tristes histoires.


Alain Lafond

Liens:
La barque par Michelle Lévesque
Véritas Québec

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