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Auteur(es): Martin Dubé


Cobayes T.3 – Yannick

Yannick est un obsessif compulsif d’un genre étrange : il aime aider son prochain. Non… il a BESOIN d’aider son prochain. C’est plus fort que lui. Lorsqu’il voit l’annonce d’AlphaLab, il n’a qu’une idée en tête : tout cet argent pourrait permettre à sa sœur d’enfin se sortir la tête de l’eau. Tant pis pour son côté hypocondriaque, au diable sa crainte des aiguilles, il se lance.

Vous l’aurez deviné, Yannick change… lentement, mais sûrement! Sautera-t-il le pas comme Anita, Sid et Sarah dans les deux premiers livres de la série?

Ce tome se démarque des deux précédents sur plusieurs aspects. D’une part, le combat est moins inégal, le « cobaye », profondément bon, combat énergiquement ses pulsions. Ainsi, la série n’est pas une répétition sur le thème « quel est le patient qui va tomber le plus rapidement le plus bas ». Cet aspect est clairement positif et démontre que l’auteur a décidé de suivre sa propre voie.

Cependant, alors que l’horreur des autres récits est assise sur un réalisme solide, l’auteur a préféré ici baser son histoire sur un style très différent. Le livre l’annonce d’entrée de jeu : « pour la série Cobaye, Martin s’est amusé à créer un suspense où le drame côtoie l’absurde ». Par exemple, dès la seconde page du récit, le personnage principal mentionne avoir reçu un faux numéro d’une certaine Sylvie, à la recherche d’un acupuncteur, référé par un ancien patron, celui-ci étant colérique – mais juste – et qui boit en cachette au bureau.

Je ne saurais dire si c’est un avantage ou un inconvénient. C’est distrayant, oui, l’auteur creusant ainsi d’innombrables détails absurdes sans réel rapport avec l’histoire. Horrifiant? Pas vraiment. Les personnages sont pour la plupart des caricatures extrêmes que l’on ne retrouve pas dans le monde réel, ce qui nous empêche un peu de nous identifier à Yannick. Difficile en effet de se mettre à la place de celui-ci devant, par exemple, un patron bipolaire qui change littéralement d’humeur à chacune de ses phrases et avec qui il est quasi-impossible d’avoir une discussion cohérente.

Oui, j’aurais apprécié, que l’horreur, au rendez-vous dans les deux premiers tomes, demeure au cœur de ce projet et que l’absurde soit un peu mieux dosé. Le texte est malgré tout bien écrit et facile à lire. Le point de vue de narration, presque exclusivement au « je », passe parfois au point de vue externe dans des scènes spécifiques chez AlphaLab, rompant brièvement la fluidité du récit. J’ai aimé l’imagination de l’auteur et sa capacité à tracer sa propre voie dans le contexte d’un projet chorale. J’ai beaucoup aimé, également, le fait que l’auteur puisse se raccrocher à diverses scènes des deux premiers tomes afin d’assurer une certaine continuité. Je suis curieux de voir comment évoluera Alphalab sous la plume des prochains auteurs suite à l’exploitation de Martin Dubé vis-à-vis l’organisation – et du docteur Williams en particulier – qui se révèle moins timide que les précédents tomes.

Bonne lecture.


Alain Lafond

Liens:
Cobayes T.3 – Yannick par Martin Dubé
Les Éditions de Mortagne

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