Là où critique et respect se rencontrent

Auteur(es): Daphné Han Harvey


Chronique d’une névrotique

L’auteure décrit son livre comme un « Livre sur l’orientation sexuelle, la personnalité limite et les relations mère-fille. » Personnellement, après l’avoir lu, j’aurais tendance à simplement le décrire comme une collection de textes autobiographiques d’une jeune femme bipolaire à la recherche de son identité. Pour cette raison, je crois que plusieurs lecteurs, quelle que soit leur orientation sexuelle, pourront s’identifier au personnage de ce livre.

Le livre, en soi, est très bien écrit et facile à lire (au sens propre). Au figuré, c’est autre chose. Il est parfois difficile de s’imaginer l’état d’esprit de l’auteure à diverses périodes de sa vie, lorsqu’elle doit dissimuler ou minimiser ses envies, ses pulsions, par peur du jugement et pour simplement paraître normale aux yeux des siens. Personnellement, je n’ai pas vécu ce type de conflit intérieur, alors ce livre m’a donné un aperçu de l’enfer que cette recherche de l’identité peut devenir dans de mauvaises conditions.

Sans diminuer l’émotion du récit, la présentation des textes dans un ordre non chronologique m’a parfois un peu embrouillé. J’aurais aimé, également, connaître la fin de certaines histoires (ex. : elle décrit une relation naissante avec une personne, puis cette personne disparaît sans laisser de trace, plaçant le lecteur dans l’ignorance du dénouement). Et enfin, troisième commentaire, j’ai eu l’impression de suivre l’auteur dans sa descente dépressive presque jusqu’à la fin, où tout s’arrange d’un coup et l’espoir renaît miraculeusement. Comment? Mystère. J’aurais pourtant bien aimé pouvoir assister à la remontée après la descente aux enfers.

Cela dit, l’auteur utilise une métaphore poétique que j’ai appréciée, comparant son voyage à celui d’un cheval ayant recouvré sa liberté. Cette métaphore revient régulièrement, permettant une certaine continuité dans le texte. Plusieurs l’apprécieront également, j’en suis persuadé.

Je souhaite la meilleure des chances à l’auteure dans la suite de sa vie, et, pour terminer, je me permets de citer le monologue qu’elle a utilisé pour présenter son livre.

Bonne lecture.

Monologue

Le baigneur qui se noie tente, par tous les moyens, de remonter à la surface ou gagner le rivage. Mais la plage est trop loin, il ne la voit point. Sans repère dans ce désert d’eau et de vagues, il n’a pas de phare. Il nage avec vivacité, il lutte contre la gravité, contre les lois de la physique, ne réalisant pas que ces dernières auront raison de lui. Il agite les bras dans tous les sens dans la panique. Puis, plus il coule, plus il manque d’air. Et plus il manque, plus il se bat pour remonter, plus il s’épuise. Un cercle vicieux sans fin. La distance à franchir devient de plus en plus grande, et de plus en plus impossible.

Et finalement, dans une longue agonie, il touche enfin le fond. Se disant à lui-même : «ça y est, je suis mort. J’ai touché le fond et la surface est bien trop loin. Je ne pourrai revenir. Cette aventure avait un sens unique. Un voyage allé simple. Je meurs. L’air me manque, mon cerveau divague. J’abandonne. »

Mais soudain, alors qu’il est à l’article de la mort, il réalise que si les lois de la physique l’ont coulé, il peut les exploiter pour remonter également. Usant des dernières réserves d’air dans ses poumons, il utilise le fond qu’il redoutait pour se propulser vers la surface tant désirée. D’une poussée presque impossible, ses jambes le déplacent. L’eau glisse sur sa peau bleutée et d’un miracle, il est de nouveau en vie. Il respire, inspire, expire. Existe. Le nageur par sa force et sa logique a su déjouer la gravité, cette force de la nature qui aurait si facilement pu le prendre.

Il ressort grandi de cette expérience aux tréfonds des abysses de la mer. Un parcours de guerrier. Comme le Phénix qui renaît de ses cendres, il est un nouvel être, exactement comme le précédent mais complètement différent, et il comprend.

Ingéniosité, résilience et rationalité se sont alliées pour sauver notre Nageur.


Alain Lafond

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Chronique d’une névrotique par Daphné Han Harvey
MFR Éditeur

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